Le Guadeloupéen Olivier Marboeuf a choisi de débuter au « péyi » la tournée de présentation de son nouvel ouvrage, un monologue théâtral, La Nuit juste avant le feu (éd. Atlantiques déchaînés).
Par Cécilia Larney

Artiste au parcours pluriel, auteur de l’essai Suites décoloniales : s’enfuir de la plantation (éd. Du commun, 2022), Olivier Marboeuf, auteur-conteur, artiste, producteur de cinéma, commissaire d’exposition, s’est imposé comme l’une des voix de la scène décoloniale francophone.
Ecrivain en résidence à La Maison Baldwin/Fondation Camargo, à Cassis, Olivier Marboeuf a précédemment bénéficié du soutien de l’Institut de l’Université de Londres à Paris, pour le programme Banister Fletcher Global Fellowship, dédié à son projet collaboratif, Distant Islands, Spectral Cities.
À l’instar de l’auteur dramatique, Bernard-Marie Koltès avec La Nuit juste avant les forêts, texte composé d’une seule et longue phrase prononcée par un locuteur à l’adresse d’un autre interlocuteur, Olivier Marboeuf livre, avec La Nuit juste avant le feu un monologue théâtral nourri d’interpellations sur la réalité de nos sociétés que nous préférons parfois ignorer.
« En diaspora, on feint de ne pas se reconnaître »
Une nuit, dans la rue glacée et pluvieuse d’une capitale européenne, un Haïtien interpelle un Antillais qu’il croit reconnaître. Un personnage s’exprime. Sa voix est traversée par celle d’autres personnages, tissant chacune une réflexion qui interpelle sur les rapports entre la Guadeloupe et Haïti, la distorsion entre les mots, les ambitions affichées haut et fort, et les actes qui, eux, manquent de hauteur…
« Comme d’autres Guadeloupéens, j’ai beaucoup travaillé en Haïti, rappelle Olivier Marboeuf. La dégradation des rapports entre la Guadeloupe et Haïti, la situation de Haïti qui a été un repère culturel, intellectuel et politique de la région et qui traverse l’enfer sans qu’on s’en préoccupe, tout cela me questionne. Alors que de nombreux Haïtiens ont été accueillis en Guadeloupe et inversement, aujourd’hui, on observe un discours proche de la xénophobie. »
À dessein, Olivier Marboeuf a imaginé deux personnages issus de ces deux communautés qui ont une histoire commune qui s’estompe dans le tumulte ambiant. Une situation qui s’observe aussi chez les membres d’une même « famille »…, laissant le champ libre au « Chacun pour soi ».
Au-delà du constat et après un parcours reconnu ailleurs, tel Ulysse, Olivier Marboeuf souhaite apporter sa contribution pour la Guadeloupe de demain. Son monologue théâtral, La Nuit juste avant le feu, est un nouveau pas, un appel à recréer du lien, à – panser et – repenser le présent pour un futur à construire ensemble. Pour permettre à toutes les voix de s’exprimer, les lectures musicales du texte d’Olivier Marboeuf s’installeront en communes, dans des lieux propices à la proximité et aux échanges.
Cécilia Larney
Petit-Canal, médiathèque Guy-Fromager, samedi 12 avril, à 15 h 30. Le Moule, L’Artocarpe, dimanche 13 avril, à 11 heures. Saint-Claude, médiathèque Bernadette Cassin-Pierrot, mercredi 23 avril, à 18 heures.